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Scolia


Responsable : Annie KUYUMCUYAN

L'EQUIPE

L’équipe Scolia, dont les membres interviennent dans les masters Sciences du langage, Métiers de l’Enseignement et de la formation, Didactique des langues étrangères et secondes et Linguistique, informatique, traduction de l’Université de Strasbourg, regroupe des linguistes intéressés par l’étude du sens sous toutes ses facettes. Son objectif est de saisir les problèmes du sens aux différents plans de son émergence, avec le désir de rendre compte le plus précisément possible de sa construction globale dans ses dimensions sémantique, pragmatique et en lien avec ses manifestations syntaxiques. Les études effectuées ont porté essentiellement sur le français contemporain ; une bonne partie d’entre elles s’est déployée dans le cadre de la linguistique romane et certaines plus ponctuelles concernent l’allemand et le grec. La perspective synchronique n’est pas seule prise en compte. Les travaux faisant jouer grammaticalisation, pragmaticalisation ou décrivant des changements catégoriels intègrent de façon décisive l’axe diachronique. L’équipe Scolia est composée de 5 PR, 8 MCF, 4 doctorants, 4 membres associés.

ORIENTATIONS THEORIQUES

Les études réalisées (en sémantique, lexicologie, lexicographie, morphologie, pragmatique et sémantique textuelle) ne s’inscrivent pas dans un courant théorique précis qui leur aurait servi de fédérateur théorique et méthodologique. La diversité des origines et des formations des différents membres de l’équipe et celle, corollaire, de leurs goûts et pratiques théoriques rendaient par avance impossible toute homogénéisation de l’ensemble. On peut le regretter mais on peut aussi penser que c’est un avantage, étant donné qu’un cadre de pensée unique équivaut bien trop souvent à un corset théorique. Les nombreux travaux publiés par les « équipiers » de Scolia montrent que l’absence d’un timon théorique unique ne les a pas empêchés de réaliser des études dont la qualité ne s’est nullement trouvée amoindrie par une telle absence.

On s’aperçoit aussi que la cohérence repose sur des positions épistémologiques qui dessinent une manière commune d’aborder les « affaires » du sens :

  1. une sémantique tournée vers la réalité et non supposée être la réalité. Scolia se place résolument dans un cadre réaliste, positiviste, qui entend mettre en rapport les formes linguistiques et les aspects pertinents des situations extra-linguistiques qui les sous-tendent ;
  2. une sémantique résolument ouverte sur le cognitif, en ce qu’elle s’ancre dans l’expérience humaine (perceptive, sociale, culturelle, affective, etc). Cette vocation cognitive s’exprime par une volonté de justifier le langage par notre conceptualisation et notre représentation du monde ; 
  3. la croyance en un sens stable, associé aux unités lexicales, qui sert de base à la construction du sens global. Nous maintenons ainsi une place au sens « linguistique » dans l’interprétation globale d’un énoncé, pensant, avec d’autres, qu’il reste nécessaire de parler de sens conventionnel, associé à certaines unités linguistiques ; 
  4. ce sens pré-construit n’est pas « objectif » mais intersubjectivement stable (cf. 1. et 2.). On évite ainsi, d’une part, le reproche fait à certains cognitivistes d’oublier en route le langage et les formes linguistiques, et, d’autre part, celui de court-circuiter, au profit d’un pragmatisme trop radical, l’étape sémantique jugée indispensable dans le calcul interprétatif d’un énoncé ; 
  5. le sens n’est pas homogène. La plupart des théories sémantiques et les pratiques lexicographiques donnent à penser que le sens est du même type pour toutes les expressions et constructions linguistiques. Il paraît toutefois plus pertinent de plaider pour son hétérogénéité. Nous penchons pour la séparation entre le sens descriptif ou vériconditionnel et le sens instructionnel (lui-même ouvert à des sous-catégorisations selon les expressions).

ORIENTATIONS METHODOLOGIQUES

Sans renoncer aux exemples fabriqués – qui constituent un moyen efficace pour prouver telle ou telle hypothèse –, nos recherches recourent de plus en plus aux exemples authentiques et se tournent donc davantage vers une linguistique de corpus. Le recours aux exemples authentiques, tirés d’un corpus représentatif, est absolument nécessaire pour éviter des généralisations abusives, des discussions souvent stériles sur le caractère grammatical ou non de l’exemple fabriqué, etc., pour permettre de cerner, grâce à une analyse quantitative, l’importance réelle de tel ou tel phénomène, pour saisir le cheminement diachronique de telle ou telle évolution et, enfin, pour mettre au jour des données et des faits que la méthode des exemples fabriqués n’aurait pas permis de découvrir.

Pour ouvrir ou essayer d’ouvrir la « boîte noire » du sens, la méthode adoptée est avant tout celle des indices ou manifestations linguistiques : toute mise en relief d’un élément ou d’une unité sémantique doit pouvoir s’appuyer sur des données empiriques linguistiques qui leur correspondent (données distributionnelles jugées pertinentes, panoplie des manipulations linguistiques visant à faire émerger les phénomènes sémantiques). L’idée-force, partagée par bon nombre de sémanticiens, est que tout trait ou unité sémantique, s’il est pertinent, a sa contre-partie formelle, à quelque niveau que ce soit et quelle que soit son importance.

Sans délaisser la dimension logique que présente incontestablement le sens en langue naturelle, nous n’avons pas fait le choix d’une représentation logique, donc formelle, de ce sens. Scolia se place plutôt dans le cadre d’une sémantique à la Wierzbicka, qui recourt principalement au langage naturel lui-même pour « représenter » ou « dire » le sens. Nos travaux précèdent toute tentative de représentation formelle : une sémantique formelle ne peut en effet que formaliser des données, c’est-à-dire des faits sémantiques déjà établis ou mis en relief. Elle ne peut se passer des étapes descriptive et conceptuelle «non formelles».

Axe 1. NOMINALES

Cet axe a donné lieu à deux opérations, de nature grammaticale pour la première et sémantique pour la seconde. Le versant grammatical est illustré par un travail qui, partant de l’infinitif et de sa substantivation depuis l’ancienne langue jusqu’à aujourd’hui, traite du caractère flottant des frontières entre les catégories nominale et verbale. Le versant sémantique est orienté sur la description d’une catégorie hétérogène de noms, qui pour diverses raisons ont un fonctionnement sémantique atypique (les noms propres, les noms collectifs, les noms de domaines odeur, couleur, espace, les noms de couleurs dérivés et convertis, les noms quantifieurs fois, quantité, les noms corps, monde, siècle, silence, mouvement, la famille morphosémantique du nom place).

La plupart de ces noms non standard n’ont guère retenu l’attention des spécialistes de sémantique lexicale. Leur étude se révèle pourtant fort bénéfique, car elle permet de mettre au jour des traits et dimensions de la sémantique nominale peu ou non perceptibles par le biais de l’analyse des substantifs prototypiques. Elle permet aussi de mieux appréhender une partie de la structuration du vocabulaire nominal et offre de nouvelles données sur la conceptualisation et l’ontologie naïve qui structure le lexique. C’est ainsi que les différents travaux réalisés dans ce cadre, s’ils confirment bien la prégnance et le rôle essentiel que jouent les oppositions abstrait/concret et massif/comptable dans l’organisation sémantique des noms, font aussi émerger des aspects et traits beaucoup moins connus ou inédits, notamment en matière de bornage vs non bornage, d’abstraction, d’autonomie vs non-autonomie référentielle, etc. Ces résultats renouvellent sensiblement l’image standard assez « lisse » que l’on trace généralement de la sémantique nominale et font ainsi progresser de façon significative les connaissances sémantiques que nous possédons sur les substantifs.

Un programme spécifique « Le monde des noms et les noms du monde », soutenu par le conseil scientifique de l’Université de Strasbourg, a promu les recherches entreprises dans cet axe. Il a aussi suscité l’organisation de journées d’études internationales (ex : Sco[nomina]lia 1 - mai 2011-, dont les communications feront l’objet d’une publication dans la revue Scolia 26 en 2012), de séminaires internes (formation des étudiants en master, mémoires sur chose, goût, arrière et avant-goût, etc., exposés des membres de Scolia). Les noms généraux d’espace en français et leurs équivalents en coréen ont formé l’un des thèmes majeurs du deuxième volet du projet Star (Egide) réalisé par Scolia et le laboratoire de linguistique générale de l’Université Ewha (Séoul). Un dernier volet concerne l’extension aux langues hongroise et russe GMGR 8L), dans le cadre du 6ème Programme de l’Innovation FP511481. Les travaux de cette extension, subventionnée par le Conseil Scientifique de l’Université de Strasbourg (2009-2010), ont été réalisés simultanément à Strasbourg (G. Gréciano et G. Kleiber), Moscou (M. Milko), Budapest (M. A. Frygier) et Vienne (G. Budin) et se sont achevés le 21 février 2011 (remise officielle du glossaire au Consulat d’Autriche à Strasbourg).

Axe 2. QUANTIFICATION ET QUANTIFICATEURS

Tout en poursuivant l’analyse des quantificateurs standard, les chercheurs ont essayé de prendre en compte quelques-uns de ces « méconnus » de la quantification, notamment en analysant certaines expressions et certains tours non reconnus comme relevant de la quantification. Ils ont également essayé de mettre en relation quantité et intensité — cette dernière étant généralement définie comme une quantification qualitative — et ont cherché ainsi à mieux cerner la frontière entre les concepts de quantité et de qualité ; c’est dans ce cadre qu’ont été étudiés, d’une part, les termes quasi, quasiment, presque et, d’autre part, la disparition de petit, quantificateur de faible quantité.

Sur un autre plan, certains travaux ont été consacrés à la mise en relief de la dimension d’atténuation modale de certains quantificateurs, alors que d’autres recherches se sont penchées sur la quantification verbale, soit en analysant différents emplois du très complexe marqueur d’occurrences verbales fois, soit en décrivant le fonctionnement du préfixe re-.

Sur le versant de la quantification de totalité, a été proposée, du côté des déterminants, une analyse inédite de la différence de donation de l’universalité par les trois quantificateurs universels tous les, chaque et tout, et, du côté nominal, une description des expressions de quantification totale formées avec les noms de totalité.

Enfin, pour ce qui est de la quantification partitive, les recherches ont principalement porté sur des marqueurs tout à fait atypiques ou peu considérés dans la littérature. La diffusion des résultats obtenus dans cet axe de recherche a été assurée essentiellement par des publications, mais aussi par l’organisation de deux colloques : les 11è Rencontres Linguistiques en Pays Rhénan « Autour de la quantification », Université de Strasbourg (oct. 2007) et la Journée d’études sur la quantification, organisée conjointement avec le Centre Linguistique de l’Université de Porto, Portugal (nov. 2007).

Deux projets de recherche sont à l’origine des travaux effectués : le programme « La quantification et ses domaines », en collaboration avec la Misha, et le programme Égide (Programme Pessoa) « La quantification en français et en portugais », en collaboration avec l’Université de Porto, Portugal.

Axe 3. DE L’ANAPHORE A LA REFORMULATION EN PASSANT PAR LA COHERENCE, LA DEIXIS, ET L’ENONCIATION

Les travaux sur l’anaphore prolongent une recherche entreprise dans Scolia il y a plus de quinze ans déjà. Ils se répartissent principalement en deux groupes.

Un premier groupe de travaux s’est attaché à mieux cerner les processus à l’œuvre dans le phénomène anaphorique (et cataphorique) en évaluant la validité des théories cognitives actuelles, en les confrontant à la référence indexicale (étude d’ici, des pronoms je et tu) et en les mettant en lien avec le traitement automatique des langues (encadrement d’une thèse et organisation d’une journée d’études sur « La résolution des anaphores en traitement automatique des langues », sous l’égide d’ATALA à l’ENST de Paris (16 juin 2007), en partenariat avec Michel Dupont et Dominique Dutoit (Memodata)).

Le second groupe se caractérise par le fait de porter sur des emplois ou des expressions référentielles peu étudiées jusqu’ici : analyse d’emplois anaphoriques ou déictiques non standard du possessif et du démonstratif (démonstratifs-titres et démonstratifs génériques) et description de marqueurs non standard (ledit, tout le monde).

Les travaux sur l’anaphore ont aussi été abordés dans une perspective discursive dans le cadre d’un projet ILF intitulé « Relations de cohérence et fonctionnement des anaphores » en partenariat avec l’UMR 5263-CLLE-ERSS de l’Université Toulouse-le-Mirail (organisation d’une Journée d’études à Toulouse (29 juin 2007) et réalisation d’un numéro du Journal of French Linguistic Studies (2009). Ce sont en effet les relations de cohérence qui interviennent dans l’établissement de relations anaphoriques appropriées. Dans ce cadre, les relations d’élaboration et de reformulation ont retenu l’attention, notamment en lien avec des connecteurs tels que c’est-à-dire, autrement dit, à savoir ou en d’autres termes.

Axe 4. LINGUISTIQUE DES ODEURS ET DES COULEURS

Il s’agit d’un nouveau programme de recherches en collaboration avec l’équipe MOD (Molécules, Olfaction, Discours) de l’Université de Nice-Sophia Antipolis qui a donné lieu, d’une part, à l’organisation de Journées d’études (à Nice en 2008 et à Strasbourg en 2009) et à la présentation de communications dans des colloques et congrès et, d’autre part, à la publication d’un numéro de revue, Langages (mars 2011), sur la « Linguistique des odeurs » et à la participation à un numéro spécial consacré aux couleurs de la revue roumaine Analele Universitatii « Stefan cel Mare » Suceava (2009).

Sans méconnaître l’importance des analyses psychologiques, sociologiques, ethnologiques et neurophysiologiques, fort nombreuses dans le domaine des odeurs et des couleurs, nous avons volontairement mis l’accent sur leur dimension proprement linguistique.

Les différents participants (une bonne partie de l’équipe de Scolia a participé à cet axe) se sont penchés : (i) pour les couleurs, sur le statut des noms de couleurs, des adjectifs de couleurs avec la question de la gradation, le problème de la conversion adjectif → nom de couleur, et l’emploi métaphorique des termes de couleurs, (ii) du côté des odeurs, ont été abordés le problème du type d’entités dont il s’agit (noms de propriétés ou non ?), la mise en relief de leurs traits ontologico-linguistiques, le problème crucial de l’absence de noms d’odeurs lié aux deux types de désignations constructionnelles utilisées généralement (type odeur de N et type odeur du N), la problématique des prédicats olfactifs (avec le verbe central sentir) et une investigation de la sémantique des odeurs via l’analyse de leurs adjectifs olfactifs.

Cette recherche s’est accompagnée en 2010 d’une session de formation des étudiants sur les problèmes que pose la sémantique des termes de perception sensorielle et a donné lieu à la préparation de plusieurs mémoires de maîtrise.

Axe 5. LINGUISTIQUE ROMANE

Cet axe a donné lieu à trois types de recherches : des études portant sur l’histoire de la langue française depuis le Moyen Âge jusqu’à aujourd’hui, des travaux portant sur la traduction, l’édition des textes.

Le premier type de recherches s’appuie systématiquement sur des corpus (Base du Français Médiéval, Nouveau Corpus d’Amsterdam, Le Dictionnaire du Moyen Français, The Anglo-Norman Year Book, The Anglo-Norman Dictionary, FRANTEXT), des membres de l’équipe participent à l’élaboration/révision de certains corpus anciens.

Les travaux s’inscrivent dans le cadre de la grammaticalisation, de la réanalyse, des figements lexicaux, notamment en parémiologie, et s’ouvrent sur une approche typologique romane, pouvant conduire à des comparaisons avec des langues plus éloignées comme les langues slaves. D’autres portent sur l’expansion du français hors de France au Moyen Âge pendant la période des Croisades. L’étude des glossaires latin-français du Moyen Âge aborde la question de l’origine de la lexicographie française.

Le second type de recherches est consacré à la traduction médiévale sous ses aspects théoriques et pratiques, en particulier dans le cadre du grand projet ANR Translations médiévales : cinq siècles de traductions en français (Xème - XVème siècle), CESCM de Poitiers, offrant un répertoire exhaustif des textes translatés sous forme de notices détaillées et des synthèses d’ensemble sur des caractéristiques majeures de la translation médiévale.

Ces recherches sont complétées par des éditions de textes médiévaux, déjà parues ou en cours : La Bible d’Acre par P. Nobel, La Chronique des Rois de Françe, par C. Buridant, Ysaÿe le Triste, par D. Capin.


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